Les enjeux climatiques, la pénurie de ressources naturelles, les pressions sur l’énergie et les transports maritimes intiment les entreprises à changer de modèle pour être rentable durablement : produire mieux en consommant juste !

Cette assertion à produire a minima la même chose en consommant moins voire le juste nécessaire, notamment en termes de ressources naturelles par essence limitées, s’inspire du concept de frugalité cher à Navi Radjou, prix Thinkers50 Innovation Award 2013, qui défend cette économie génératrice de performances économiques et sociales.

Et si ce modèle, en opposition avec celui de la société de consommation actuelle basée sur une économie linéaire consistant à extraire, fabriquer, consommer puis jeter, interroge quant aux performances économiques, il fait de plus en plus d’émules. Les entreprises qui s’y inscrivent sont rentables tout en répondant aux enjeux de responsabilité citoyenne et environnementale. Pourquoi pas vous ?

Entre réemploi, écoconception, usage et mutualisation… les leviers sont nombreux

Le modèle de frugalité est à prime abord associé à l’économie circulaire, entre recyclage voire sur-cyclage. La force de ce principe est de limiter le recours aux ressources et leur gaspillage en faisant des rebuts des matières transformables. Ainsi, des routes à partir de déchets plastiques sont en cours de réalisation dans les Yvelines. Des designers du secteur de la mode vestimentaire –source de gaspillages notoires en raison des appels incessants à consommer – n’hésitent plus à faire leurs shows avec des pièces créées à partir de vêtements d’occasion. Les jeans MUD, par exemple, sont fabriqués à partir de 40% de jeans jetés. L’AFP annonce le 20 octobre 2021 que : « de nombreux constructeurs automobiles cherchent ainsi à rénover des pièces, recycler les batteries de voitures électriques, les plastiques des carrosseries ou les métaux précieux des pots catalytiques. Si les volumes traités restent une goutte d’eau parmi les 10 millions de véhicules vendus chaque année en Europe, c’est aussi une révolution dans cette industrie qui a toujours visé des ventes massives. » Et au-delà d’éviter de puiser dans les ressources naturelles, le recyclage permet de créer des emplois et de réinsérer des personnes défavorisées comme en témoignent les succès des ressourceries et d’Emmaüs.

Dans le cadre de cette lutte contre le gaspillage et de réduction des impacts environnementaux, l’énergie est sans conteste au cœur du sujet. Sans dire que la consommation énergétique compte, selon l’ADEME, pour 10 à 60% du coût de production des industries. Aussi, elles sont invitées plus que jamais à mettre en place un programme d’efficacité énergétique des process de fabrication et une démarche de récupération de la chaleur fatale. Le modèle mis en place par l’entreprise Roquette Frères, Électricité de Strasbourg (ES) et la Chambre de commerce locale, est en ce point exemplaire. L’électricien récupère la chaleur résiduelle issue des process de fabrication de l’industriel pour alimenter un réseau de chaleur urbain. La frugalité, c’est aussi consommer moins d’électricité dans toutes les activités. Et l’usage de l’informatique est bien entendu concerné au premier chef. Pour autant, les comportements ne vont pas dans ce sens selon les dires d’experts télécoms sur le site Ariase : « Avec la 5G, les utilisateurs bénéficient de plus de débit, de moins de latence et de plus de capacité réseau. Ils vont consommer davantage de data et se tourner vers des applications très gourmandes en bande passante comme le streaming vidéo ou la réalité virtuelle et augmentée. »

Pour être encore plus performante, l’économie circulaire, voie d’avenir soutenue par une enveloppe supplémentaire de 370 millions € du Programme Investissement d’Avenir aux 200 millions € déjà mobilisés, devrait être accompagnée par une réelle démarche d’écoconception, autre pilier de la frugalité. Anticipant le recyclage, cette approche préventive vise dès la conception des produits, leur réemploi, les designers et ingénieurs considérant en amont les propriétés de recyclage des composants, la facilité de désassemblage… L’écoconception permet ainsi d’éviter le recours à des process de recyclage parfois coûteux. Ainsi comme l’annonce l’AFP : « Toyota essaie de rendre ses pièces plus facilement démontables, et compte établir 15 usines pilotes de démantèlement à travers le monde d’ici 2025. »

A cette économie, s’associe celle, encore inédite, de la fonctionnalité qui vise non plus à vendre le produit mais l’usage de celui-ci. La propriété est ainsi remplacée par la valeur d’usage. Même si la posture est encore timide car elle demande de faire fi de l’obsolescence programmée, certaines industries l’envisagent à l’image d’un équipementier d’air comprimé qui examine la possibilité de vendre l’air comprimé et non l’équipement en lui-même. Ce positionnement a plus d’une vertu puisque l’entreprise va chercher à s’équiper en matériels durables et réparables. Ce faisant, elle réduira les déchets, limitera le recours à de nouvelles ressources… Reflet de ce regain pour la réparabilité, Darty renoue avec le SAV qui faisait tout son succès lorsque ceux de plus de 50 ans étaient jeunes. La démarche demanderait d’instaurer un indice de réparabilité à l’image de ce qui se fait en termes de consommation d’énergie des équipements.

Un autre pan de ce modèle vertueux est sans doute la mutualisation des moyens entre les acteurs de tous secteurs à l’image du partage des biens et services entre particuliers (voiture, logements, outils et prestations de bricolage…) que l’on retrouve sur des market place en tout genre qui ne cessent de fleurir sur le web. D’ailleurs, selon le cabinet PwC, la consommation collaborative n’est est qu’à ses prémices. Les experts prévoient en effet qu’elle atteindrait les 570 milliards € à l’horizon 2025 (contre 28 milliards € en 2016). En effet, des pans entiers des coûts d’une entreprise peuvent être mutualisés. Il peut s’agir d’acquérir conjointement des équipements, des unités photovoltaïques locales ou de cofinancer des talents non nécessaires à plein temps. Ainsi, le groupement d’entreprises Triskell recrute de façon pérenne des salariés pour les mettre à disposition d’industries, d’artisans, commerçants, TPE-PME de tous secteurs ayant des besoins de compétences à temps partiel ou saisonnières.

Mais, avant tout, ne faudrait-il pas, au lieu de soutenir à force de slogans marketing des gadgets énergivores et friands en matières premières rares, comme les objets connectés, revenir aux basiques du progrès technologique en se posant la question pour chaque innovation de sa corrélation aux besoins des clients, des territoires, de l’environnement, du climat ? Les entreprises de demain seront celles qui feront preuve d’audace et d’ingéniosité.

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