Infiniment petits mais totalement incontournables, la Covid-19 a révélé le rôle critique des semi-conducteurs. Histoire d’une pénurie sans précédent, d’une inflation annoncée et de quelques conseils pour maîtriser son budget IT en attendant 2023.

Comment les puces atteintes par la Covid-19 grippent le monde

Durant les confinements, le monde s’est rué sur les TV 4K, vidéoprojecteurs et autres consoles de jeux pour mieux supporter l’enfermement, ainsi que sur les biens d’équipements tels smartphones, ordinateurs de bureau, portables et écrans pour travailler à distance. Cette consommation des ménages et des entreprises, aussi forte qu’inattendue à l’image du fléau de la Covid-19, s’est traduite en une explosion de la demande de puces de la part des constructeurs télécoms et IT, suivis de près par les fabricants d’équipements électroménagers intelligents dont les ventes sont en plein boum et des constructeurs automobiles dont les véhicules sont de plus en plus friands d’électronique. Ainsi, le coronavirus a entraîné une augmentation record de la demande en microcontrôleurs et microprocesseurs : +166% entre 2020 et 2021.

Pour autant, cette croissance exponentielle de la demande ne suffit pas pour expliquer le goulot d’étranglement qui paralyse le globe. En effet, à celle-ci se juxtapose une production de puces erratique – production qui, précisons-le, est dans les mains d’une petite poignée d’industriels, appelés fondeurs, implantés majoritairement dans le Sud-Est asiatique. A l’instar de toutes les entreprises de la planète, ces fabricants ont été contraints par la pandémie d’arrêter régulièrement leurs usines. Et s’ils ont retrouvé leurs cadences de fabrication habituelles, les retards dans les livraisons se sont accumulés et ont été accentués par l’accroissement manifeste de la demande depuis la reprise. À cette situation inédite, s’ajoutent les impacts délétères d’une chaîne logistique totalement perturbée. Et c’est peut-être bien le maillon le plus faible… Encore une fois, la Covid-19 est impliquée. En raison, des confinements, les liaisons se sont réduites à peau de chagrin. Les avions sont restés cloués au sol et les bateaux n’ont que peu largué leurs amarres.

Aussi, entre une offre de puces raréfiée et des transports chaotiques, dès qu’une fenêtre de possibilité s’est ouverte, les entreprises se sont ruées conjointement sur les transports et les commandes de produits dont ils avaient besoin mais aussi pour stocker en prévision d’éventuels reconfinements. Pour illustrer ce phénomène, le cas du géant des télécoms, Huawei qui, pour contrecarrer la menace de Donald Trump en août 2020 de l’interdire de se fournir en matériau sur le sol américain, s’est créé des stocks considérables. Il a vite été suivi par d’autres mastodontes tels Apple et Dell. Ce phénomène, toujours d’actualité fin 2021, n’est pas près de connaître une fin en raison des mutations incessantes du coronavirus susceptibles de se traduire dans les prochaines semaines en de nouveaux confinements. Cette peur de manquer ne fait qu’aggraver le phénomène de pénurie. En parallèle, la Chine exportant trois fois plus qu’elle n’importe, les conteneurs viennent à manquer dans l’Empire Céleste. Ils sont bloqués en Occident par les affréteurs qui ne consentent pas effectuer des transports à vide. Tous ces facteurs allongent les délais de rotation entre l’usine du monde et les pays acheteurs. Au-delà des effets de la pandémie, des incidents comme le blocage accidentel du canal de Suez ont porté le phénomène à son paroxysme.

Quand l’inflation est inévitable.

Selon la presse spécialisée, TSMC, le principal fabricant de composants électroniques, a décidé d’augmenter ses prix de 10 à 20 %, et le n°2 mondial, Samsung, prévoit lui aussi de relever les siens de 20 %. Les autres suivront le mouvement. Annonce d’une inflation ?

Sans conteste. Les fondeurs sont en position de force car les puces sont aujourd’hui au cœur de l’économie. D’ailleurs, les entreprises, constructeurs des télécoms, de l’IT et de l’automobile au premier chef, sont prêtes à en payer le prix, aussi cher soit-il. Mais pas en rognant sur leurs marges. D’ailleurs, toujours selon la presse spécialisée et pour exemple, les principaux fabricants de matériel IT annoncent répercuter la hausse dans leurs tarifs de vente. A ces prix, s’ajoutent la flambée des coûts du fret pour les raisons précédemment évoquées. Le prix d’un conteneur d’avion a été multiplié par 5 et celui par bateau a été multiplié par 6, au bas mot.

Les principaux constructeurs ont déjà répercuté une partie de la hausse des prix des composants sur les consommateurs finaux. Mais la flambée reste à venir. En effet, les prévisionnistes tablent sur des augmentations dès janvier 2022 de 15 à 20 % qui devraient se poursuivre jusqu’en 2023 pour les optimistes et 2024 pour les autres comme Dale Gai, analyste de Counterpoint Research qui annonce au Nikkei : « L’augmentation du prix des puces va pousser les acteurs des télécoms à sortir des modèles plus haut de gamme dans les années à venir pour compenser l’impact sur les coûts plutôt que de se concentrer sur les smartphones plus modestes. Le même raisonnement s’applique dans l’univers des ordinateurs. »

Une solution : anticiper pour limiter les impacts !

En attendant que les États-Unis et l’Europe redeviennent des producteurs de puces (la France en tête espère que le Vieux Continent produira 20 % de la production mondiale de semi-conducteurs d’ici à 2030), il faudra s’armer de patience et maîtriser les budgets IT.

On s’adresse ici à toutes les entreprises de tous secteurs qui, utilisatrices d’ordinateurs, smartphones, écrans et autres serveurs et disques SSD de sauvegardes, seront nécessairement impactées soit par des hausses de prix soit par des ruptures de stock. Comme l’explique à la BBC, le président d’IBM, Jim Whitehurst : « Il y a un grand décalage entre le développement d’une technologie, la construction d’une usine de fabrication et la sortie des puces. Franchement, il faudra attendre quelques années avant de disposer d’une capacité supplémentaire suffisante pour atténuer tous les aspects de la pénurie de puces ». En effet, les investissements nécessaires pour la création d’un site de production sont de plusieurs milliards de dollars et les fondeurs ne peuvent consentir à ces investissements rentabilisés sur des cycles de 4 à 5 ans que si les anticipations de la demande sont solides et durables.

Aussi, afin de limiter les différents effets pervers comme des surcoûts et une désorganisation, les entreprises sont invitées dès à présent à anticiper leurs achats et à optimiser la gestion de leur parc existant. En effet, le contexte post-Covid se traduit par une inflation du prix des RAM, semi-conducteurs, et autres dalles avec des délais de livraison fréquemment supérieurs à 6 mois. Aussi, pour bénéficier des meilleures conditions possibles en 2022, elles doivent impérativement réaliser au plus vite un cahier des charges précis de leurs besoins à soumettre pour appel d’offres à une liste de prestataires pertinemment identifiés – constructeurs comme financeurs-. Il leur faudra également décrypter et comparer scrupuleusement toutes les offres, et ce autrement que sous le seul angle des produits. Les services sont aujourd’hui plus que jamais au cœur de la sérénité des entreprises : formatage usine des équipements ou selon spécificités clients poste par poste, livraison par lots, mise en place d’un outil de gestion de parc, accès à une assistance technique, à la maintenance, assurance… Et les clauses contractuelles sont un enjeu majeur : reprise en l’état ou après reconditionnement refacturé ou pas, délais de dénonciation des contrats… Si les entreprises peuvent attendre 2023 – année optimiste du retour à la normale- pour acquérir des matériels à jour des progrès technologiques, elles peuvent aussi choisir de se doter d’équipements reconditionnés à moindre coût. Encore faut-il connaître ce marché particulier. Et pour, celles qui ont recours à la location, elles devraient prévoir dès aujourd’hui le renouvellement de leur parc afin de ne pas être contraintes de payer des mensualités financières pour matériels prolongés hors durée initiale des contrats si ceux-ci doivent être allongés pour assurer la jonction entre le parc de 2021 et celui de 2022.

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