L’engouement pour les véhicules Zéro Émission n’est pas sans impact sur la valeur résiduelle des véhicules. Pour autant, en termes de gestion de flotte automobile, les entreprises, sont invitées à ne pas se précipiter.

Sous la pression des réglementations européennes visant la neutralité carbone d’ici 2050, qui se traduisent notamment par l’interdiction de vendre dès 2035 des véhicules neufs en motorisation thermique, la filière automobile poursuit sa mue. Dans ses premières heures, cette transition a été soutenue par des particuliers acquis à la cause environnementale avant d’être relayée par des entreprises souhaitant satisfaire à la loi LOM – loi d’organisation de la mobilité-. Elle se développe aujourd’hui à la vitesse des progrès technologiques -autonomie des batteries, infrastructures de recharge…-, des incitations gouvernementales, de l’élargissement des gammes constructeurs et de la posture des loueurs.

Mais si l’engouement pour les véhicules Zéro Émission se fait de plus en plus prégnant, en termes de gestion de flotte automobile, les entreprises sont invitées à garder un pied sur le frein.

Les VE ayant le vent en poupe, leur valeur résiduelle croît naturellement…

Selon l’étude du cabinet EY « Accelerating fleet electrification in Europe: when does reinventing the wheel make perfect sense ?« , la part des VE neufs vendus augmente et s’élève à 12,5 % du marché européen en 2020 contre seulement 3 % en 2019. Cet élan de popularité s’explique. En effet, ces véhicules permettent aux entreprises de renforcer à moindre coût leur image citoyenne. En effet, il suffit de 2€ d’électricité pour parcourir 100km. Un prix imbattable comparativement à celui des hydrocarbures qui flirtent avec les 2€/litre. Sans compter que le VE est bien moins onéreux à l’entretien.

Ce passage vers les motorisations alternatives est également soutenu par les loueurs qui envoient désormais un signal fort après des années de frilosité. Ces acteurs s’appuient certainement sur les mêmes estimations que le bancassureur ING qui évalue que d’ici 5 à 10 ans plus d’1/4 des acheteurs de véhicules d’occasion voudront un VE.

Cet avenir va de pair avec des valeurs résiduelles favorables pour les VE, au détriment des diesels, dont ils anticipent une perte de valeur sur le marché de l’occasion. Des études récentes estiment que les VE neuves vendues en 2020 conserveront en moyenne 40 à 47,5% de leur valeur après 5 ans alors que les voitures à essence et diesels sont évalués respectivement à 35 – 42,5% et 27,5 – 35%.

Notons qu’on peut distinguer deux catégories de loueurs. Ceux qui avaient jusqu’à présent opté pour la prudence et qui n’accordaient que des valeurs résiduelles faibles de crainte de réaliser des pertes financières en fin de contrat si les véhicules verts ne s’appréciaient pas sur le marché de l’occasion. Et les autres, qui voulant toucher une clientèle acquise à la cause environnementale, surestimaient les valeurs résiduelles. Les positions s’alignent doucement pour être plus proches des valeurs d’un marché qui reste en devenir.

La réalité demande de la mesure

Tout comme Rome ne s’est pas faite en jour, l’effet ciseaux des valeurs résiduelles entre électrique et thermique ne se fera que graduellement. Le marché des VE d’occasion, s’il est en croissance, est encore balbutiant. En effet, selon l’Argus Pro, si la progression des ventes de VE d’occasion en France entre 2019 et 2020 atteint les 48,7 %, leur part sur le total des véhicules d’occasion vendus n’est que de 0,5 %. Pas de quoi s’enflammer ! Par ailleurs, après avoir été gonflées par le renforcement des aides de l’État dans le cadre du plan de relance, à quel niveau seront ces ventes à l’avenir ? En effet, des freins demeurent comme un prix d’acquisition élevé, l’insuffisance de l’autonomie des batteries au regard des utilisateurs professionnels et le manque d’infrastructures de recharge. Certains experts jugent que : « Seulement 7% des conducteurs se satisfont d’une autonomie de 200 km. Si elle monte à 400 km (comme une minorité de VE neuf haut de gamme), le VE peut convaincre 32 % des utilisateurs. Le même raisonnement s’applique à l’infrastructure de recharge. 20% des conducteurs se contenter d’une charge de 20 minutes. Si cette durée passe à 15 minutes, ce sont 40% des utilisateurs qui seront convaincus. »

Aussi, verdir sa flotte exige patience et pragmatisme afin que cette démarche vertueuse ne se solde pas en un gouffre financierLa transition doit être mesurée et graduelle afin d’adapter la flotte de l’entreprise à la réalité de l’offre constructeur. Et, en la matière, s’il est un facteur clé de succès, c’est effectuer une segmentation fine en fonction des besoins réels de l’entreprise. Celle-ci doit tenir compte, entre autres, de la loi de roulage de l’entreprise : nombre de kilomètres parcourus et type d’usage du véhicule. Concrètement, même si un véhicule n’a pas pour vocation d’effectuer de longues distances, ce qui pourrait aller en faveur de l’électrique, mais qu’il est destiné au transport de charges, cette motorisation est à proscrire. Pour faire simple, on attribuera un véhicule diesel aux collaborateurs qui roulent beaucoup et sur de longues distances ; un véhicule hybride à ceux qui roulent moyennement avec des possibilités de recharge régulières ; une motorisation électrique aux salariés qui roulent peu et à proximité des bornes de recharges. C’est notamment le cas des navetteurs pour lesquels la voiture est principalement affectée aux trajets domicile-travail. On n’oubliera pas non plus de s’assurer des conditions opérationnelles de ce changement (installation de bornes de recharge dans l’entreprise, chez le collaborateur).

Et l’agilité est de mise car il faut mettre à jour son catalogue tous les semestres afin de s’assurer qu’il demeure cohérent avec les derniers développements des constructeurs.

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