Cette semaine, Johan Bogren, associé expert gestion des déchets chez Euklead, revient sur l’objectif de recyclage de 100% des plastiques d’ici 2025. Il met en lumière les leviers qui s’offrent aux entreprises pour répondre aux enjeux environnementaux et réglementaires.

Après des années de règne absolu, les plastiques sont aujourd’hui mis au ban. De quels leviers les entreprises disposent-elles pour tenter de s’en passer tout en maîtrisant leurs coûts ?

Les « continents de plastique » qui obstruent les océans émeuvent chacun d’entre nous en raison de leurs ravages sur l’environnement et les déclarations en faveur d’une meilleure prise en charge de ce matériau, vestige du règne du tout pétrole, font florès. La dernière en date, la communication du 6 mai 2019 d’Emmanuel Macron qui affirme : « Nous avons pris l’engagement d’avoir 100 % des plastiques recyclés d’ici 2025 ce qui est une vraie transformation de la production, de la distribution, de l’utilisation des matières plastiques. Ce qui veut dire que les contrôles et l’utilisation en la matière seront renforcés. » Par ailleurs, dans le même temps, la Chine, anciennement premier importateur de détritus plastique, et d’autres pays ferment leurs frontières aux déchets étrangers, nous laissant seul face à ces détritus.

Mais si la volonté politique est claire, comment la France, qui se situe en bien piètre position dans le classement du taux de recyclage des plastiques parmi les pays de l’union européenne avec une 27e place sur 28, parviendra-t-elle à relever le défi ? Un pari de taille qui repose aussi bien sur la bonne volonté des particuliers que sur les efforts des entreprises. Mais quelles solutions ces dernières peuvent-elles mettre en place sans dégrader leur compétitivité ?

Recycler ? Revaloriser ?

Très peu coûteux à fabriquer, peu chers à transformer et aux propriétés multiples – souple, résistant, opaque, transparent, lourd, léger… – les plastiques sont partout, des emballages, bien sûr, aux objets du quotidien. Et tous sont voués à être réduits à l’état de déchets. Nous sommes tous concernés, des particuliers aux entreprises de toutes tailles et de tous secteurs de l’agriculture à l’industrie, du commerce au BTP. Ainsi, ensemble, nous produisons annuellement en France 5 millions de tonnes de ces déchets. Mais qu’en faire ?

L’objectif de 100 % de déchets plastiques recyclés en 2025, semble être une véritable utopie. En effet, seuls les plastiques du type PET, utilisés par exemple pour les bouteilles d’eau, peuvent se plier aux contraintes du recyclage (collecte, tri, décontamination et repolymérisation) et être transformables pour produire un nouveau matériau aussi employable par les entreprises qu’un plastique neuf. Malheureusement, ils ne représentent qu’un très faible pourcentage des plastiques consommés. Recycler des emballages plastique du genre multicouches (film composé de plusieurs types de polymères avec des propriétés différentes : protection UV, alimentaire, rigidité, très utilisés ne serait-ce que dans le secteur agroalimentaire), engendrerait des coûts exorbitants. En effet en l’état actuel des technologies, nous ne sommes pas en mesure de séparer ces couches autrement que par des procédés onéreux et peu développés. Cela explique qu’en France, seuls 25 % des plastiques sont recyclés, 25 % sont enfouis – ce qui est particulièrement nocif pour l’environnement – et les 50 % restants font l’objet d’une valorisation énergétique. Et si ce dernier processus a la vertu de créer de la chaleur ou/et de l’électricité à partir de déchets, en raison de l’utilisation d’incinérateurs, il est source de pollutions atmosphériques notoires, sans compter qu’il en résulte des résidus solides qu’il faut enfouir car toxiques. De plus, la France manque de centres de valorisation énergétique.

On remarquera également que, même si des solutions techniques se développaient rapidement, le tri n’est pas suffisamment efficient. Au-delà des gestes quotidiens qu’il faut simplifier pour être adoptés par tous, seulement 25 % du territoire français disposait en 2018 de centres de tri en capacité de traiter les plastiques. Néanmoins, sous la pression des pouvoirs publics, les collectivités se lancent dans la création de sites équipés de procédés permettant de capter et de séparer les différentes résines plastiques. Les foyers pourront ainsi mettre tous les emballages dans la même poubelle sans se poser de questions. Malgré tout, l’objectif sera difficile à atteindre tant les budgets sont lourds pour les collectivités. Le coût de construction d’un centre de tri s’élève en effet à 10 millions d’euros.

PME et ETI : des leviers existent !

En définitive, dans un contexte technologique qui ne permet pas de recycler tous les plastiques produits, le meilleur moyen de réduire les déchets plastique est de ne pas en produire. Du bon sens, certes. Mais un défi majeur.

Il est certes impossible d’atteindre à court terme le 0 plastique, mais il est impératif pour les entreprises de limiter à la source la production de ces déchets en réduisant la consommation des plastiques, en repensant les processus de production et en repensant les modes de conditionnement… Il peut ainsi s’agir, par exemple, de revoir aussi bien les dimensions des emballages que leur nombre. Les céréales vendues traditionnellement dans de petits contenants composés d’un sachet en plastique inséré dans un emballage en carton peuvent être vendues en vrac à des clients qui viennent avec leurs propres bocaux en verre.

Les entreprises peuvent également réfléchir à la composition même des emballages en évitant, par exemple, les films multicouches qui finissent enfouis sous terre ! Elles peuvent se tourner vers les plastiques recyclés ou biodégradables. Mais s’il existe, par exemple, des sacs plastiques biodégradables, ces derniers ne sont pas une piste optimale. En effet, ils ne sont pas recyclables. Et le temps de leur décomposition ils auront eu le temps d’étouffer des oiseaux et des tortues s’ils ont été tout bonnement jetés dans la nature… Autres pistes prometteuses, les polymères à base d’algues qui se recyclent en déchets organiques. Le seul frein actuel à leur développement est leur coût de production et le manque de fabricants. Même les « bioplastiques » ont un coût environnemental ; il faut beaucoup d’eau pour produire des plantes ou/et des bactéries. Par ailleurs, de nombreux laboratoires planchent sur de nouvelles solutions mais elles sont souvent onéreuses et/ou compliquées à mettre en œuvre à grande échelle. Il est moins cher d’extraire du pétrole et de transformer ses rebuts en plastique !

Les entreprises ont également la possibilité de substituer les emballages en plastique par d’autres matières premières – verre, métal, papier carton – qui sont recyclables à plus de 80 %. Deux freins cependant. Tout d’abord, chaque matériau a ses propriétés. On n’imagine pas mettre du yaourt dans du papier-carton sans film plastique ! Et le coût de cette transition : verre ou céramique coûtent bien plus chers que le plastique !

En outre, lorsque l’on parle de gestion des déchets, il faut se poser la question du tri. Il doit être mis en place en amont. Sur une même ligne de production sont produits des déchets de matières premières différentes que l’on prendra la peine de séparer tout au long du process de fabrication d’un bien. Les entreprises peuvent disposer à proximité des postes de travail des contenants pour chaque matériau avec une signalétique claire. Plus le tri est respecté à ce stade, plus l’entreprise peut joindre son geste pour l’environnement à un objectif d’optimisation des coûts. La finesse de la sélection dépendra des possibilités de collecte et de valorisation en aval. Les prestataires en charge des déchets vont valoriser les tris. Les plastiques peuvent générer une valorisation de plusieurs dizaines d’euros la tonne ! En outre, en fonction du volume de déchets, il peut être intéressant d’investir dans la location d’un compacteur pour diminuer la volumétrie. Cela permet de réduire les coûts de stockage et de transport. A noter qu’une telle démarche d’efficacité commence toujours par un inventaire des déchets produits.

Mais si gérer les déchets c’est faire preuve de bon sens, de créativité, de compétences techniques, c’est aussi et surtout un engagement quotidien de tous les collaborateurs de l’entreprise. Il faut donc les sensibiliser et les former.

En conclusion

– La surconsommation de plastiques combinée à une filière insuffisante pour les récupérer et les traiter ont été la source de la prolifération des déchets plastique qui polluent l’environnement.

– Pour les entreprises, cela représente un double enjeu. Elles doivent répondre aussi bien à un contexte réglementaire en matière de préservation de l’environnement qui va irrémédiablement se durcir – la TGAP ne cesse d’augmenter – et garantir leur compétitivité en réduisant la facture liée à la gestion des déchets.

– Si, comme nous l’avons vu, quelques leviers existent, il semble opportun de profiter de l’accompagnement d’experts pour faire de la contrainte environnementale, un véritable levier stratégique d’optimisation. Ils savent effectuer une cartographie des flux, identifier les axes d’amélioration dans les processus et mettre en place des formations.

Johan Bogren, associé expert gestion des déchets chez Euklead
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